Chapitre 01
Naître jumelle
Je suis née le 31 janvier 1987, à deux minutes d’intervalle avec ma sœur jumelle. Je suis sortie la première, mais dans le monde mystérieux des jumeaux, c’est celle qui naît en second qui est considérée comme l’aînée. C’est ainsi que, dès notre premier souffle, une dynamique s’est installée entre elle et moi, sans que je le comprenne, sans que je le choisisse.
Être jumelle, c’est porter une magie particulière. C’est partager un ventre, un souffle, une histoire avant même d’avoir une mémoire. C’est être deux, mais se sentir parfois une seule. Pourtant, cette magie a aussi porté son ombre. Car très tôt, j’ai ressenti qu’elle avait sur moi une forme de pouvoir, une domination douce en apparence, mais lourde à porter pour mon cœur d’enfant.
Je l’aimais profondément. Je l’admirais. Je voulais lui ressembler. Et surtout, je voulais qu’elle m’aime. Alors j’acceptais beaucoup. Trop. Je la laissais décider. Je la laissais diriger. Je la laissais parfois me faire mal, physiquement et émotionnellement, parce que je pensais que c’était normal, parce que je pensais que l’amour passait par là.
Quand nous marchions dans la rue, si elle choisissait un trottoir, je la suivais. Si elle refusait de porter quelque chose, je le portais pour elle. Si elle laissait tomber un sac, je revenais en arrière pour le récupérer, parce que je ne voulais pas perdre ce qui lui appartenait, même si cela m’appartenait aussi.
On dit souvent que chez les jumeaux, il y a une dominante et une soumise. Je n’aimais pas ces mots, mais ils racontaient une vérité silencieuse que je portais en moi sans savoir la nommer.
Pourtant, il y avait aussi de la joie. Beaucoup de joie. Des fous rires incontrôlables. Des moments où un simple regard suffisait à déclencher une tempête de rires. Nous tombions en roller, sans nous faire mal, et nous roulions par terre de rire. Nous nous comprenions sans parler. Nous partagions un monde invisible, fait de codes secrets et de complicités muettes.
Mais sous cette lumière, il y avait déjà une fragilité. Une blessure. Une solitude profonde, même à deux.
